dimanche 15 novembre 2009

Bourg-Guillaume.

Hier soir, Williamsburg. Anthropologie et étude raciale du "burger" (résidant de Williamsburg).
Pour les étourdis qui n'auraient une fois de plus pas suivi, Williamsburg, sous-quartier de Brooklyn, est la mecque des hipsters, la Jerusalem du duo moustache/jean slim, la Nuremberg du procés fait chaque jour au bon goût.
Je vous previens, j'y parle beaucoup de vêtements. Ca peut paraitre con mais comme je t'emmerde, c'est pas trés grave.
Le Rasoir du Danube et moi même sommes de sortie, et notre dégout ravalé, décidons d'aller en découdre, tondre quelques barbes et enfoutrer bruyamment quelques franges assymétriquement péroxydées. Gifler quelques trains.
Nos fions posées dans la limo pilotée par un noir mou, nous faisons au passage une fois de plus le constat déplorable que les chauffeurs n'ont jamais de gps ici, ni même de cartes. Quand à connaitre la ville, n'en parlons même pas. C'est quoi ton boulot, abruti? Bouffer du foin? Souffler du cul dans ta trompette de malheur? Résultat, il se paume, et on se retrouve à devoir demander par
nous même notre chemin à des chicans (légitimement) jaloux de notre mise. Le sabir est de fulgurante volée, ces gens parlent comme d'autres tirent la chasse la bouche pleine de fajitas. Le pilote quand à lui, a un filet de bave qui coule placidement, attendant qu'on lui dise quoi faire. Il est minuit, nous trouvons. C'est facile : imaginez vous un quartier de Vanves ou l'arabe du coin vendrait des bières et toutes les éditions du Vogue + Étapes graphiques + Numero (en français). Toute la nuit. Williburg, c'est ça.
Nous fendons la foule en feignant de repousser violement les revendeurs de sandwichs "organiques"avocat/gazon qui nous agressent de tout bord. Ici, un misérable flanqué d'un haillon de chez McQueen mendie les yeux dans le vague, pour se payer un tshirt vintage, dans la vitrine de cette frippe, ouverte la nuit seulement. À bien y regarder, le motif qui y est sérigraphié regroupe une demi douzaine d'animaux de la jungle, des girafes, un hippopotame, des lions etc, fait tout en dégradé... Nous concernant, son obole s'élèvera à un coup de talon sec dans la moustache, arrosé d'une averse de glaviots chargés.
Nous trouvons la rue ou la soirée est sensée se dérouler. Le lieu, comme de bien entendu, ne porte ni nom ni enseigne. Ni numéro. Nous nous mettons à la tache et tentons d'ouvrir toutes les portes, par la force si nécessaire, situées entre le 212 et le 248. L'une d'entre elle cède et laisse le champ libre à un videur avenant. Il nous demande le nom de la soirée, que bien sur nous ignorons. Le Rasoir baragouine quelque chose. Ce n'est pas ça, mais le singe blanc nous laisse entrer. Premier étage. Et nous nous retrouvons au cœur du rituel local typique, qui n'est absolument pas ce que nous recherchions, puisque nous arrivons en réalité chez quelqu'un, et non dans un club. Quelqu'un qui a trois prêtres entrain d'officier à leur sale messe rouge en tenues de ministres, au fond du loft (évidement, tu croyais quoi?). Ils s'agitent derrière les platines. L'un porte, en plus d'une barbe sale et d'un chapeau à plume, un t-shirt blanc qui semble porter le logo dégueulant d'un groupe de grind. Mais avec une île déserte un peu naïve en dessous. Et encore en dessous un motif tie-die arc en ciel comme on en faisant malheureusement chez Creeks au début des années 90. Son second arbore quand à lui une avantageuse moustache drue et noire ainsi qu'un également chapeau. Le troisième serait comme si Ian Curtis portait un tshirt Astroboy rouge et un slim mauve. Avec un tatouage de Lady Diana sur l'épaule. Le sol est blanc, les murs en briques, le bar gratuit. La musique? Nous avons passé une bonne demi heure à trouver le nom du style que porterait un mélange de la compagnie créole et d'éléctro minimaliste suedoise. La faune est à l'image des officiants (qui semblent bien "kiffer"), les mecs vétus dans des poubelles, les filles dans des poubelles de créateurs.Les flics passent, tout le monde s'en tamponne, surtout les djs et comme les forces de l'ordre n'arrivent apparement pas à faire comprendre le pourquoi de leur visite, ils repartent l'air triste. Ils ont pris un rateau. Nous grimpons donc sur le toit voir où nous trouverions d'autres soirées dans le bloc, nous en apperceveons deux. Nous sortons en hurlant de peur car c'est quand même pas rassurant tout ça, en nous dirigeant tranquilement au coin de la rue. Bar avec un gros dancefloor, que des filles en juppe, synthpop 80's. Nous nous sentons en sécurité. Trop même, nous décidons d'aller voir cette troisième soirée que nous avions malicieusement repéré du toit. Je faisais, de là, part d'une pertinente reflexion à mon tumultueux camarade "Regad', y'a une ampoule rouge devant le rideau de fer et une fille fume devant, surement un bordel avec des putes donc". Bien vu, surtout en matière de fille. Une "queue" longue comme le bras constitué d'hommes. Et parcimonieusement soupoudré d'une ou deux donzelles égarées.
"- Maisssss non, le videur est un gros metalleux, c'est surement une soirée Métal.
- ah la fameuse soirée metal qui s'appelle Sugar Tities Night! On l'a enfin trouvée!"
Effectivement, le videur, cheveux noirs à la taille, bouc noir, tshirt Misfits apres nous avoir demandé si le Queen était encore ouvert, nous confie avoir failli s'en faire refouler une fois car il avait un t-shirt Metallica. Mais comme il a emballé un gars qui passait devant le physio, pour prouver qu'il en etait, en fait c'était bon, il pouvait rentrer.
Nous sommes donc tombés sur la soirée la plus hétéros du coin, manquerait plus qu'on rentre pas. Et nous en sommes à notre 4eme pinte de gin-tonic chacun, autant dire que nous controllons parfaitement la situation.
Regarder le clip de Relax, de Franky Goes To Hollywood, pourra aider certains à visualiser ce qui va suivre, en version il est vrai plus "marais" et moins "guerrier". Ici, un gogo danceur sur le bar agite ses ailes d'ange roses, là, un officier des inversions me fait part à diverses reprises de son gout pour mes cheveux de femmes. Des files indiennes entières miment l'acte ignoble de s'enculer aux pieds de vitraux cassés. Un joli voyou, portant la mise d'un "gangsta" a quand à lui jugé bon de se tatouer à l'aiguille un angelot baroque sur l'épaule. Le resultat est repoussant et d'évidence nous passons une trés bonne soirée. Des ephèbes caressent mon torse dorénavant nu sous mon perfecto, ce qui n'aurait pas manqué de me donner un style "joli motard" si je n'arborais pas une expression de soudard vineux et dégénéré. Le tenant du vestiaire, au mulet infect mais à la silhouette dégingandée et ondoyante fera proferer au Rasoir du Danube, anormalement rouge, "lui, je pourrais limite me le faire". C'est le signal, il est temps de rentrer.
Avant d'arretter les deux autos qui nous rameneront, qui à Fort Greene, qui à Harlem, nous optons de sacrifier à la tradition nocturne de la bouffe. D'ordinaire pizza, nous décidons pourtant d'amener une inhabituelle variation au rite et nous rabbatons sur le deli du coin. Un deli c'est un peu comme un arabe qui en plus ferait des sandwichs. Celui ci propose en sus une série d'accessoires Azedine Alaïa à prix malhonnette ainsi qu'une séléction de fromages danois afinés à l'urine. Nous nous décidons pour le traditionel Bagel avec des trucs sans gout à la tonne dedans , la moitié suffit à me caller jusqu'au lendemain 18h, mais je mange l'autre moitié pour le sport. C'est mauvais mais pas très grave. Je hèle une limousine pilotée par un sikh désagréable, embrasse le Rasoir sur les deux joues et me trisse toutes sirènes hurlantes là où repose le pétale de mes pensées, la caresse de mes songes.



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