Celle ci:

L'Abkhazie, ancienne riviera communiste, est une bande de terre située a l'extremité est de la Georgie, en bord de la mer noire. Ce "pays", seulement reconnu par la Russie et le Venezuela, entretient toujours des non-rapports très tendus avec le voisin Georgien et ce depuis la fin de la guerre d'indépendance il y'a deux ans. Il est théoriquement impossible de passer de l'un à l'autre et le seul moyen d'y accéder est de rentrer par la frontière russe au nord. Par un tour de passe passe et quelques connexions a Sukhum, la capitale Abkhaze, nous obtenons in extremis des laisser-passers spéciaux pour traverser la frontière a pied par la rivière Ingur.

Arrivée au poste, ou s'entretiennent mollement dans une poussière sèche, chèvres et géorgiens. Nous passons la barrière et la valse commence. Trois hommes sans uniformes nous interpellent en nous exhortant de montrer nos papiers. Nous ne saurons jamais s'il s'agissait de militaires, douaniers, flics ou locaux au travail (très rare). Véhicule de service, une BMW noires des plus modestes, vitres teintées. Nous passerons presque 2 heures en plein cagnard a répondre quatre fois aux mêmes qestions, interrogatoire rythmés par le passage de camions humanitaires. L'un d'eux nous interpelle. "hey les touristes extrêmes, vous voyez les marques d'eclats de missille sur la carrosserie? C'est ce qui vous attend de l'autre côté", puis, rire bonhomme et débonnaire. Que nous partageons à la bonne franquette. Ils s'acharnent particulièrement sur Boris, notre camarade moscovite. Effectivement la Russie a toujours largement appuyé l'"occupant", et en assure toujours la protection face à la Georgie, de même qu'en Ossétie du sud. Enfin, nous obtenons a contrecœur l'autorisation de passer. Le pont d'environ 1 km fait office de no mans land que nous traversons en trainant nos baggages.

Enfin le poste Abbkhazien apparaît. Un soldat en uniforme nous attend de l'autre coté au millieu de la route, dans un decor ravagé par la vegetation et les combats, et nous gratifie d'une poignée de main vigoureuse "BIENVENUE EN ABKHAZIE", tonne-t-il. Impacts de balles, sacs de sables, chevaux de frise, photos interdites. L'Abkhazie avait la réputation d'avoir la plus belle cote d'union soviétique, raison de sa popularité. Et force est de reconnaitre que la violente luxuriance de sa végétation doublée d'une architecture coloniale d'un blanc eclatant en fait un lieu au charme derangeant. Les murs sont systématiquement ornés d'affiche a l'effigie du président fantoche à la solde de Moscou et de portraits de soldats morts au combat il y'a deux ans. Le ministère des affaires intérieures, ou nous devons nous rendre pour faire faire nos visas se résume a une salle de conference, vide. Ou presque. Un groupe de 6 nanas papotent en gloussant, 3 ou 4 attachés font semblant de bosser devant Facebook, et le ministre lui même trône, lisant le journal en baillant aux corneilles.



Le pays n'ayant jamais été reconnu, inutile d'espérer y faire fonctionner un telephone portable étranger ou non-russe, quand à son peuple....
Son peuple...
Les faits parleront d'eux même. Nous arpentons les rues a la recherche du site en ruines d'Abrat. Nous sommes en passe d'y parvenir lorsqu'un local, au loin, nous bloque le passage. "Si vous montez aux ruines, je vous tranche la gorge!!" nous communique-t-il, avec une vivacité a laquelle ces terres ne nous avait pas habitués. Légèrement douché par cette courte mais claironnante altercation, nous décidons de plutôt aller querir une auberge afin de nous restaurer. Nous remontons une des artères principales de la ville, lorsque nous passons devant un groupe d'une quinzaine de jeunes, 15-20 ans, bouteille de champagne sovietique au poing.
L'un de ces juvéniles ivrognes, à la vue du facies perforé de piercings de Razor Dunek, s'excite en tentant de se moquer. Nous ignorons, et poursuivons notre chemin. Le soucis est que la chère petite meute, elle, n'a pas l'intention d'en rester là. Aprés 5 mintutes de marche nous nous rendons compte que ce beau jeune nous avait suivi. Avec deux ou trois de ses acolytes. Et ces deux ou trois acolytes accompagnés d'une dizaine de larrons du même accabit. Ils nous rattrappent, nous encerclent et nous bloquent contre un mur. Le tough guy de la bande, qui est selon la regle consacrée le plus agé,le plus balaise et, accessoirement, le plus brulé.
Oui, détail tordant, tout son bras droit etait entierement brulé au troisième degrés.
Et ça commence à s'engrainer. En russe. La moyenne frappe s'en prend à Razor Dunek qui me traduit : "Il aime pas mon gros piercing sous la levre, et m'explique que si les vieux me voient avec ça, ils vont me loger une balle dans la tête". Rappellons qu'ils sont quinze, mort saouls, avec des grosses bouteilles à la main. L'heure est donc, autant que faire se peut, à la negociation, et meme si cette idée me debecte. Voir mes precieux soulier souillés de mon propre sang est une image qui m'irritte encore plus.
-"Ok, donc si je le retire, vous nous foutez la paix?
-Retire, retire tout de suite!"
Il s'exécute, et le groupe s'évapore aussi sec, en quelques secondes, nous laissant seuls avec notre transpiration, quelque peu glacée, battus par les brulants vents Abkhazes. Quelques heures plus tard, altercation évitée de justesse avec la même engeance, parceque j'avais osé retirer mon tshirt, installé à une terasse deserte et excentrée. Détente le lendemain, nous prenons un minibus pour un monastère situé dans les montagnes. Tout se serait déroulé dans la sérénité si nous n'avions pas remarqué que notre sympathique chauffeur pilotant à tombeau ouvert n'avait pas été amputé du bras droit. Je passe le lendemain à deux doigts de me faire arretter par la milice parceque je faisais (seul, grossière erreur) des photos de la gare, figé dans le temps depuis vingt ans. Ne parlant pas russe, et eux ne comprennant pas ma legitime incomperhension et mon silence face à leurs questions, se sont trés rapidement échauffés. Situation sauvée par le chauffeur de l'hotel. "Pourquoi lui prendre photos gare? lui aller faire photos à jardin botanique, ça beau. Pourquoi lui faire photos gare??". Precisons que le dit milicien etait evidement habillé en civil et devait être agé de 22 ans à tout casser, accompagné d'un lourdeau à l'uniforme froissé non identifié.
Pour conclure, Le peuple Abkhaze a commis l'effarante prouesse de faire passer le peuple russe, que nous retrouvions dés le lendemain à Sochi, pour une ethnie affable et civilisée aux moeurs aimables et raffinée. Surréaliste.
Et merci bien.
4 commentaires:
Hey, you!
I am here to say that you you have one more follower at Brazil. Ok, Google is helping me to translate some of...
So... greatings, and keep writing!
Waw c'est jouissif de lire tes faits d'arme bien en sécurité au fond de mon pieu!
Mon dieu, le coup du drapeau, j'ai cru que c'était une blague de ta part; il est magnifique.
Maintenant j'aimerais voir les photos de cette gare...
Abkhazie! Vous êtes fou!
32. On vacation they will take you to countries that you do not know exist.
(from: un lien récemment posté sur ta page FB, qui m'a fait glousser comme une dinde en oestrus, en raison de l'étonnant bien-fondé de ses assertions.)
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