samedi 31 juillet 2010

La Laure de Kiev

Les vacances, c'est aussi la culture, les visites, en apprendre sur d'autres coutumes parfois méconnues.
Ahhhhh les musées ethnographiques et leurs salles des pots en terre, leurs salles des tessons que l'on traverse (au pas de course) pour se donner bonne conscience. On ne va pas se mentir, la culture en vacance a cet aspect bipolaire oscillant entre la fascination authentique et la corvée authentique.


Razor Dunek, à Kiev, astre d'Ukraine, de s'ecrier soudain "IL NOUS FAUT VISITER LA LAURE DE KIEV*, c'est là l'un des plus grands sanctuaires du monde orthodoxe!!, les caves y sont parait-il surprenantes. Et je l'ai marqué sur notre programme, pas le choix. Je fais abattre les refractaires."

Génial.

Des curés en robe dans des eglises photocopiées et des grottes mouillées, et sa horde de touristes russes. Mais bon, on va donc se donner bonne conscience et y aller.

Aprés une bonne demi-heure de déambulations sur le site, il est vrai fort doré, bulbé et gigantesque, nous trouvons enfin l'entrée des dites caves. Un pope distribue de minces cierges de cire jaune à l'entrée, et le grand huit de la necrophilie gohique peut commencer.
Pas le moindre courrant éléctrique en effet, la seule source de lumière sera produite par nos cierges, du début à la fin. En fait en guise de grottes nulles, nous descendons l'escalier d'un microscopique couloir vouté blanchi à la chaux, tout ce qu'il y'a d'épuré et d'orthodoxe.



Aprés une descente d'une poignée de minutes, nous débarquons dans un dédale de couloirs du même accabit, que seules nos flammes éclairent. Pas le moindre touriste en réalité, la seule faune en présence est constituée de pélerins. Et de popes en robes noires, au regard pétillant de cette sympathie et de cette malice qu'on ceux qui ont par six fois fait l'aller et retour entre la terre et l'enfer. Et en ont vu les horreurs de trop prés.
"Mazette et saprisiti, en voilà un drôle d'engoûment pour un simple dédale sans eau ni électricité!" me direz vous à raison. Rapidement, je constate que les paroies, en plus des classiques icones, sont percées d'alvéoles et de compartiments. Et dans ces alvéoles, des cercueils de verre. Et dans dans ces cercueils les corps atrophiés des popes morts dans la Laure. Ils sont masqués et emmaillotés comme des nourissons dans des étoles brodées au chiffre de danses macabres et de crânes naïfs. Seules les mains sortent des étoffes, et c'est suffisant pour faire comprendre de quoi il en retourne.





Et ces corps sont présents par dizaines, par centaines dans les labyrinthes. Chaque fidèle (visiblement bien en peine avec le sens commun), embrasse ces cercueils en psalmodiant, la main serrée autour du cierge. Deux hommes en genuflexion se frottent le front contre une paroi. Une femme, le visage voilé, se frappe la tête contre l'arrette du cadre d'une icône, sans discontinuer. Dans un renfoncement, fermé par une grille, nous parvenons à distinguer, aidés de la faible lumière qui nous est accordée, une série de globes de verre ouvragés dans lesquels sont entassés pelle-mêle des cranes et des fragments démembrés de corps humains. Durant une demi heure d'errance, ce sont les mêmes scènes qui se répètent sans que rien ne vienne troubler la frénésie hysterique de dévotion morbide. Un régal. Pour qui s'interesse à la maladie mentale, à la clautrophobie, au pratiques retro et aux cadavres, bien sur. Sinon, je déconseille.
Et merci bien.




*C'est le nom que ça porte, je n'y peux rien, n'y voyez pas là une quelconque référence à une improbable prostituée locale du nom de Laure.


ps: Comme de bien entendu, les photos étaient interdites, nous avons volé ce que nous avons pu.



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