dimanche 11 juillet 2010

Svanethi





Le Caucase, c'est un peu comme une fleur sauvage : il faut se baisser pour la cueuillir. Ainsi, épaulé par mes deux camarades, nous traverons la région au volant d'un boueux 4x4. Sur de la piste s'apparentant moins au snooker britanique qu'au derme d'une pute vérolée observé avec une loupe très puissante, avec de furieux écoulements dedans. Ce jour la, ce fût 7 heures de chaos lovecraftien, avec pneu qui éclate a 2600m d'altitude. Dans un torrent boueux bien sur. Je passerais sur la beauté du malgrés tout lieu, on est pas la pour dire du bien.
Et pourquoi?
Pour visiter le plus haut village habité d'Europe pardi. Ushguli, en Svanethi.



Premier apparté, assez raciste, laissez moi vous affranchir sur l'homme géorgien. Il incarne la flemme la plus ahurissante qu'il soit, passe son temps à l'ombre, endormi les deux bras autour de SON arbre, ou bien il restera les mains dans les poches en plein cagnard au bord de l'autoroute à compter les véhicules, fort lents au demeurant. Mais comme il est effrayant, on s'abstient de tenter de le mettre au travail de force. En fait imaginez vous une créature mêlant l'attitude molle d'un vendeur de kebab léthargique avec un physique d'écorcheur de chaton. Faites lui trainer bruyamment des pieds et vous y serez. Et ne cherchez pas les femmes, elles sont toutes a l'église.
Oui donc, la svanethi.
La particularité de cette région mal placée de Georgie, c'est que le peuple Svan qui l'occuppe, non content d'être georgien et très voleur est aussi doté d'un caractère passablement teigneux. Au point d'avoir érigé sur tout le territoire au IXe siecles des dizaines de tours fortifiées de défense, tres belles, pouvant mesurer jusqu'à 50 mètres. "Mais sapristi, dans un trou à merde pareil, qui pourrait bien s'en prendre au bon peuple Svan? Sans compter que les tours sont placées n'importe comment dans les villages.".



De lui même il se protège.
Car oui, en fait les Svans sont tellement brillants qu'ils se font la guerre non entre tribus ni même entre familles mais entre voisins. Résultat, quand Berthier voulait rosser ce furoncle de Pichard (à l'arme blanche rouillée) , ce dernier, futé, se trissait dans sa tour et virait l'échelle et y restait des mois. Et si Berthier voulait monter quand même, Pichard lui foutait dessus avec des cailloux. Et quand il en avait plus, il prennait Le souterrain secret pour aller en chopper d'autres. Et chaque famille du village avait sa tour destinée à cet effet. Comme ça si ton voisin veut t'égorger un soir, ce qui peut arriver, bah tu te trisse dans ta tour Et t'y jetes des pierres dessus.
Borat dans le décor du seigneur des anneaux avec une intrigue à la kusturica rythmée par Benny Hill.



Venons en à la Svanethi "contemporaine". Évidement ce bon peuple élève des animaux. Élever est un bien grand mot puisqu'en fait, c'est comme un grand lâcher de porcs et de boucs dans les "rues". J'ai même vu des vaches DANS une maison. Ces sympathiques créatures faisant leur caca bien sur ou bon leur chante, le sol se retrouve être en réalité un tapis luisant integral de matière fécale au fumet puissant très authentique.
Nous avons passés 2 nuits chez l'habitant là-bas.
Exemple d' hospitalité Svan. Le repas. Nous demandons à la babouchka du vin. Requette somme toute réaliste étant donné la table gargantuesque qui nous est offerte. Sauf que y'a pas. "MAIS J'AI ÇA ET C'EST CADEAU." Une jare d'1,5 litre de Chacha maison. Une gnole très locale ayant pour principal intérêt de filer des gueules de bois lovecraftiennes et de manger le nerf optique. Vérification faite la première gorgée, et un impénétrable voile noir se posa sur mes yeux, suivi de violentes convulsions gastriques.

Mais il est deja l'heure de partir. 30 minutes après notre départ et un bon bout de route parcouru (300m), Razor Dunek se rendit compte qu'il avait oublié sa batterie d'appareil photo. "Mâtin!" s'écria-t-il, et après un coup de fil à la grand Mere de famille, se mît en route vers le village, récupérer son bien qui trainait sous son lit. Sauf que la, la vieille et la moitié du village l'attendait avec une gueule à le pendre au réverbère. "Moi je t'accueuille, je t'offre bon chacha et toi!! Toi tu nous traite de voleurs??!" la tension monte malgrés les effort du vaillant Français encerclé. Mais comme il avait aussi oublié son parapluie aux "toilettes", ça les fit beaucoup marrer, et quand il se cogna a la porte en sortant, à la Pierre Richard, l'hilarité fut telle que les rires du bon peuple Svan résonnent encore jusqu'à Vanshkarah. Alors tout fut oublié, et merci bien.

3 commentaires:

Maks a dit…

Ah Ah Ah ! Cela n'est pas sans me rappeler mon séjour en Roumanie et ma confrontation à la populace locale entre Slobozia et Tulcea. Le dit endroit était la terre natale des Gitans, des Roms, les vrais! Donc le touriste n'y était pas vraiment le bienvenu.

Maks a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Anonyme a dit…

Superbe. Hormis les fils électriques qui pendouillent on dirait que le tempes n'a pas eu d'emprise sur cette vallée.
Et ces tours pierres me font penser, dans une moindre mesure, à celles de San Gimignano.