mercredi 2 mars 2011

Svartediket





Allez, quelques archives.

Paru dans Hard Rock Magazine l'année dernière.


Bergen, Norvège, 25 aout 2010.
On donne "Svartediket" au théâtre de la ville. Depuis plusieurs semaines déjà, l'improbable, le dispensable, l'embarrassant se commet au cœur de la ville scandinave: la première "comédie musicale black métal".
Featuring Kristian Espedal aka Ghaal. Incroyable.

Le principe est simple : un scénario d'un gothique élémentaire, une troupe d'acteurs somme toute réputés en Norvège, et une idée que d'aucun jugeront du bout des lèvres comme écœurante : accoupler Richard Cocciante et Dimmu Borgir, et employer un Ghaal comme sage femme. Si les responsables du méfait s'étaient cantonnés au terme "métal", en laissant le Black Métal en dehors de tout cela, vous auriez eu affaire à une salade d'un kitsch indigeste mais pas systématiquement mal jouée, qui aurait satisfait les amateurs de série Z poisseuse et les gosses de 8 ans. Et merci bien.

L'ennui est qu'en Norvège, le Black Métal et sa mythologie de terreur continuent à faire vendre, y compris l'invendable. Après avoir essuyés moult refus (et quolibets, et probablement coups - mérités) de la part de diverses sommités locales, les auteurs parviendront à convaincre Kristian Espedal de se vautrer dans cette poubelle la tête la première. Étrange lorsque l'on sait la radicalité du discours que tenait ce dernier il y a encore peu, et nous aurions dés lors étés bien en peine de l'imaginer danser la gigue dans un décor de carton patte, déguisé en Gandalf albanais. Les scènes s'enchainent, une escalade affligeante dans le cliché qui trouvera son paroxysme dans les duos ennamourachés à la crème fouettée industrielle du "couple star". Ou dans les insoutenables gesticulations et l'infect ersatz de chant black laborieusement couiné par un nabot hystérique foutu d'une perruque en nylon noir, dans lequel les black metalleux sont sans doute sensés se retrouver. Quand à l'instrumentation de la pièce, inutile de préciser que nous sommes plus dans la tartine claviereuse poussive que dans les hymnes ecorchés de Burzum.

Si le but avoué de cette farce gluante, à l'aisance d'un éléphant de mer enroué, était de se moquer, à la façon un morveux criard que l'on veut aplatir au mur, c'est un demi succès. Incontestable. La standing ovation des 200 et quelques ados sans saveur qui firent ce soir la salle comble, le confirmera. Une brochette blonde mure pour une rééducation culturelle forcée par le travail dans la joie. Quand aux auteurs, une cravate de chanvre et un stage en haut d'un réverbère pourrait bien leur être très généreusement dispensé par des locaux vexés, si l'envie leur prenait de persister dans ces agissements aussi grotesques qu'inutiles.






1 commentaires:

Anonyme a dit…

Une longue plainte gutturale à la Herr Morbid ne saurait dignement signifier mon effroi subséquent à la lecture de cet article/à la découverte de cette ignominie.

Oserais-je crier "BLASPHEME"? Que nenni, ça "leur" ferait bien trop plaisir, je crois...